IMMOBILIER D'HABITATION:"Le marché "
Le marché de l'immobilier d'habitation
Le script de notre Chat avec Laurent
Batsch, professeur à l'université Paris-Dauphine.
Retrouvez
ci-dessous l'intégralité du
chat, qui s'est déroulé le 30 mars 2006 sur "lesechos.fr"
avec Laurent Batsch, professeur à l'université Paris-Dauphine
et directeur du Master "Management de l'immobilier".
Gege : La hausse de l'immobilier a été tirée
par la démographie, la ruée vers les villes, et la hausse
du pouvoir d'achat. La demande est toujours supérieure a l'offre.
Les spéculations, bulles, ne sont que des phénomènes
passagers. Seuls donc des évènements tels que : forte diminution
du travail au bureau, émigration vers de nouvelles régions
sécurisées et moins chères( maghreb sécurisé,
thailande...) pourrait faire baisser l'immobilier sur longue période.
Sinon les propriétaires continueront à confisquer une partie
de la hausse du pouvoir d'achat avec des phases d'accélaration,
de ralentissement, voire de crise momentanée si l'excès
est trop fort.
Laurent_Batsch : Je suis d’accord avec vous,
la demande est tirée par des phénomènes structurels
tels que le vieillissement de la population, la diovricalité, le
nomadisme professionnel, la quête d’espace, les résidences
secondes, etc. En revanche, je ne suis pas certain de partager vos solutions…
Gérard Tetrel : Quel avenir immobilier à cinq
ans pour les villes de province de 15.000 à 20.000 habitants ?
Laurent_Batsch : Sont-elles dans une agglomération
qui s'étend ? font-elles partie d'une conurbation ? les villes de
région que vous évoquez quand elles sont polarisées
par une grande agglomération connaissent déjà une
forte dynamique immobilière en termes de construction et de prix.
D'autres villes situées dans des zones de tourisme ou de migration
des européens du Nord connaîtront aussi le même dynamisme.
Intérèssé : Pensez
vous que l'augmentation des taux de pret bancaire va influer sur le volume
des transactions immobilières et sur le prix moyen au m2 ? Merci
et bon chat !
Laurent_Batsch : La question est de savoir à partir
de quel niveau la hausse des taux affectera la demande, à travers
la capacité d'endettement des ménages. Une hausse réduite
ne bouleverse pas le budget d'un ménage, en outre elle peut être
facilement compensée par un rallongement de la durée d'emprunt.
Il n'est pas sûr qu'on ait atteint aux limites de cette durée.
Au-delà de l'effet mécanique d'une hausse des taux, il y
aussi son impact psychologique si elle est " dramatisée " au-delà du
rationnel : je ne sais pas prévoir cela. En outre, il y a deux sujets
connexes. Dans les pays comme l'Espagne où les prêts à taux
variable ne sont pas " capés ", les contrats déjà signés
pourraient conduire à une crise sérieuse si les ménages
devaient faire face à une hausse significative des taux. Pour les
années à venir, la probabilité est élevée
que les nombreux couples de jeunes endettés à 25 ans divorcent
bien avant le terme de leur prêt… Donc la gestion des contrats
de crédit longs ne sera pas risque ni difficulté pour les
décennies à venir. C'est le métier des banques.
dominique : Peut-on considérer certains
immeubles de certains arrondissements de Paris (6,7,8,16e) comme des
produits de luxe et, à ce titre, totalement en dehors des fluctuations
de prix des produits de consommation courante subissant la loi de l'offre
et de la demande ? Leur prix étant toujours à la hausse,
il est difficile pour celui qui a cru faire une bonne opération
il y a quelques années d'éviter soit un mattraquage fiscal,
soit une préemption par la ville de Paris...
Laurent_Batsch : Personnellement, je n'aspire qu'à avoir
les moyens d'être fiscalement matraqué. Quant aux prix des
beaux arrondissements que vous évoquez, ils sont fixés par
le marché, pas par la ville de Paris. C'est évidemment une
chance d'habiter un de ces quartiers, non seulement pour la jouissance
paisible que leur fréquentation procure, mais aussi parce que le
propriétaire s'enrichit en dormant (ce n'est pas condamnable, seulement
enviable !).
annie.lefevre@infodip.com : J'ai la chance
d'avoir acheté mon logement en 2004. Mais la situation économique
est telle que, commerciale dans l'informatique, je n'arrive plus a remplir
les objectifs demandés. Je suis en mode survie... Mais il me semble
que l'immobilier est la meilleure façon de se préparer
une retraite. Est-ce vrai ? J'ai 47 ans.
Laurent_Batsch : Il est vrai que la propriété immobilière
offre une sécurité et représente à l'âge
de la retraite une économie de loyers, donc une non-dépense.
Mais n'oubliez pas que le logement immobilise un capital qui pourrait produire
du revenu : il y a un manque à gagner à bloquer sa fortune
dans l'immobilier. Pensez à ces personnes âgées qui
occupent de grands logements mais manquent de ressources courantes pour
financer les services dont elles ont besoin. Vous voyez que le problème
du revenu susceptible d'être tiré d'un logement est un problème
très concret, notamment à certains âges de la vie.
C'est aussi un problème de société : faut-il que la
collectivité prenne en charge le coût de la dépendance
pendant que les héritiers attendent de percevoir l'héritage
?
alexandreC : Bonjour, Comme beaucoup de
foyers, nous avons acheté un bien immobilier en primo accédant.
L'augmentation des prix a été "absorbée" par
la baisse des taux d'intéret, mais aussi par le prolongement des
durées de crédit (25 ans vois 30 ans). Que se passerait-il
si les prix devaient brusquement chuter et si une situation inattendue
devait nous obliger à vendre avec une importante moins-value ?
Laurent_Batsch : 1) je ne crois pas à un
effondrement (cf ci-dessus), 2) si une baisse des prix se produit ce n'est
pas forcément la cata en termes de moins value et c'est aussi moins
cher au rachat, 3) vous pouvez louer plutôt que vendre en attendant
que ça remonte, 4) la " situation inattendue " statistiquement
la plus probable est que … vous divorciez (je vous conseille donc
d'aller dîner ce soir en amoureux, c'est un excellent investissement " immobilier " !),
5) vous avez bien fait d'acheter, votre risque est bien maîtrisé.
Gildas : On parle de surchauffe en France,
en Espagne, et pourtant, l'immobilier reste plus cher en Allemagne et
en Angletterre. Peut-on avoir une vision comparative des salaires, niveaux
de prix, habitudes locales et perspectives des différentes zones
de cette Europe dont nous faisons partie. Merci
Laurent_Batsch : Pour des comparaisons européennes,
voyez le bulletin de la Banque centrale européenne BCE de février
2006 et le bulletin de la Banque de France de décembre 2005. Tous
les deux sont en ligne sur leurs sites.
lolo69 : Existe-t-il vraiment une pénurie
? Personnellement je dirais volontiers oui... mais uniquement de logements
sociaux, le reste me paraissant plutôt en surnombre. Quel est votre
point de vue?
Laurent_Batsch : Non, la pénurie que certains
chiffrent jusqu'à 1 million de logements concerne tous les types
de logements. Où voyez-vous un surnombre de logements en accession à la
propriété ou en location privée (à part quelques
programmes Robien mal situés) ?
Mathieu G : Bonjour, comment justifier
sur Paris les investissements immobiliers locatifs pour des particuliers
au regard du faible taux de rentabilité ? Ne risque-t-on pas de
voir une fuite des investisseurs immobiliers de Paris ?
Laurent_Batsch : oui, on risque un assèchement
du parc locatif, par un double mouvement de fuite des investisseurs et
de demande de primo-accédants, dans un espace foncier déjà bien
saturé. D'où la question de la densification de l'espace
: saurait-on faire mieux que les tours du 13ème ? Et où ?
C'est un vrai sujet. La dynamique urbaine est beaucoup discutée à propos
de la politique de la circulation : mais ceux qui craignent la " muséification " de
Paris sont-ils aussi prêts à envisager des constructions en
hauteur afin d'attirer plus de ménages jeunes et actifs ? Et puis,
il y a encore quelques emprises intéressantes, à la SNCF
bien sûr, mais aussi à l'Est de Paris.
Reza : Bonjour, Je cherche a acheter un
apartement de 2 pieces a Paris. D'un cote les agences immobilieres disent
que nous sommes face a une tendance generale et que nous ne sommes pas
face a une bulle et donc que les prix ne vont pas chuter. Il se peut
qu'il y ait un ajustement ponctuel mais rien de consequent sur le prix
au metre. D'un autre cote, les journaux et certains professionnels (notaires,
etc..) predisent une chute significatives des prix tous les 3 mois. La
question est simple: qui croire?
Laurent_Batsch : La hausse des prix a continué en
2005 et continue cette année. Mais le rythme de hausse se ralentit
(de 15% l'an dernier à moins de 10% cette année), on trouve
moins d'acquéreurs sur chaque produit, chaque négociation
est un peu plus longue, etc. Ce sont des signes qui montrent qu'on se rapproche
du point de retournement. Mais si l'on fait l'hypothèse que le niveau
général des prix est porté par des tendances lourdes
et non par un mouvement spéculatif, alors une chute des prix ne
devrait pas les faire chuter de beaucoup plus de 15%. C'est important en
termes de coût, et on peut choisir d'attendre. Mais vous ne regretteriez
pas d'avoir acheté il y a 2 ans… Le vrai problème
est donc de bien choisir : localisation, attributs, état des lieux,
charges courantes, etc. Et de ne pas prendre le prix d'offre comme un prix
de marché. Allez voir les prix de transaction sur le site de la
Chambre des Notaires ou de la FNAIM.
fromieu : La situation intérieure
tendue, le manque de visibilité sur l'avenir proche, les questions
sur ce que sera le gouvernement qui sortira des urnes en 2007... auront-ils
tendance à court terme à influencer les acteurs du marché de
l'immobilier en les rendant plus prudents et frileux et spéculant
sur une baisse prochaine ?
Laurent_Batsch : Ils pourraient aussi se dire que
2007 ne peut que débloquer une situation pourrissante et en déduire
des anticipations optimistes ! mais je crains que vous n'ayez raison sur
le sens des anticipations... Ceci dit, business goes on, et les dynamiques
de marché l'emportent sur les conjectures. Et il n'y a pas un marché de
l'immobilier mais des marchés selon les régions et selon
les segments : tertiaire, résidentiel, entrepôts, etc.
bloom1 : Bonjour, En étudiant de
près le marché immobilier depuis 1 an, je trouve la décorélation
prix / loyer trop importante sur la plupart des secteurs. Hormis le fait
de posséder un apport en centaines de K€, le crédit
payé sur 20 ans revient entre 800 et 1200 € de plus que le
loyer avec les charges. Ceci est-il tenable sur n'importe quel marché ?
Laurent_Batsch : Il est sûr que les prix
de l'immobilier augmentent plus vite que les revenus des locataires. Donc
il y a une tendance à un décrochage des rendements locatifs.
Elle explique que les propriétaires institutionnels réalisent
leurs plus-values et vendent massivement (la découpe). Mais pour
un petit investisseur qui cible bien son acquisition et qui trouve un financement
adapté, le rendement de longue période reste attractif. N'oubliez
pas que les intérêts financiers sur le financement du bien
sont déductibles du revenu de cet investisseur. Autrechose est le
solde de ses recettes et dépenses induites par l'investissement
: celui-ci dépend effectivement de l'endettement initial. Je pourrais
vous montrer que le taux de rentabilité augmente en même temps
que le taux d'endettement, en dépit du fait que le solde recettes-dépenses
devienne davantage négatif. Donc rentabilité d'une part et
trésorerie (pendant la période de financement) d'autre part
sont deux choses distinctes.
Manlay Pascal : Pensez-vous qu'il y ait
une corrélation entre le déficit grandissant de l'Etat
et les profits records des banques grâce à la baisse des
taux d'intérêts, l'exonération des plus values immobilières
ramenées à 15 ans et la hausse fictive du marché immobilier
? Pensez-vous que les petits contribuables ayant emprunté à taux
variables et sur des durées très longues auront les reins
assez solides pour enrichir encore les banques ou leurs actionnaires
suite à la hausse déjà amorcée des taux d'intérêts
et qui va continuer ?
Laurent_Batsch : Si je vous suis bien, les banques
gagnent à la baisse comme à la hausse des taux d'intérêt.
A tous les coups elles gagnent ? Le cas de la hausse : ce n'est pas une
marge commerciale pour les banques, celles-ci se refinancent aussi à des
taux plus élevés et les petits épargnants devraient
aussi recevoir des intérêts plus élevés. Ceci
dit l'activité " retail " des grands réseaux bancaires
se porte très bien. Alors soyez d'autant plus exigeant chez votre
banquier : sur la qualité des services, leur coût, etc. Et
puis si le petit contribuable a acheté des SICAV, il profitera aussi
des profits des banques dont les actions ou les obligations sont souscrites
par sa SICAV. Quant aux prêts à taux variable, ils sont en
général capés : c'est une sécurité pour
l'épargnant.
Philippe : Bonjour, Je souhaiterai savoir
s'il est possible de préparer le DESS immobilier, à distance,
via le Web..... Merci!
Laurent_Batsch : Merci de vous intéresser
au Master " Management de l'immobilier " de l'Université Paris-Dauphine
Nous sommes très attachés au contact direct entre les étudiants
et le professeur : pas de web-cours ! mais un site et un extranet pour
les étudiants. Et beaucoup de grands professionnels de l'immobilier
parmi les professeurs !
Clémence : La durée de la
hausse des prix de l'immobilier ne serait-elle pas due à une "entente" entre
professionnels de l'immobilier et banques afin de faire de l'argent sur
le dos des acquéreurs, et ce depuis 1998 ?
Laurent_Batsch : Non, je ne crois pas à une " entente ",
la dynamique de la demande n'est pas principalement portée par les
marchands de biens, mais par des primo-accédants. De même,
la baisse des taux d'intérêt n'a pas été conçue
par et pour le monde de l'immobilier.. Quant aux banques, faut-il dire
qu'elles ont répondu à une demande ou qu'elles l'ont stimulée
en adaptant leurs produits ? il est vrai qu'elles ont déverrouillé la
durée des contrats de prêts, à la grande satisfaction
de leurs clients.
Patrice : Depuis 1998, les prix de l'immobilier
ont augmenté environ 4 fois plus vite que les revenus, excluant
du marché un nombre croissant de ménages. Cet écart
historique entre prix et revenus vous semble-t-il pouvoir durer?
Laurent_Batsch : Certes non, les arbres ne grimpent
pas jusqu'au ciel et les ciseaux ne s'écartent pas sans fin. Depuis
1998, les prix de l'ancien ont doublé alors que le revenu disponible
des ménages n'a augmenté que de 30% Cette évolution
a été rendue possible parce que 1) les ménages ont
consacré une part plus grande de leur budget au logement, 2) ont
transféré de l'épargne sur l'immobilier, 3) ont compensé la
hausse des prix immobiliers par des conditions de financement (taux et
durée de remboursement) facilitantes. De ce point de vue, le critère
pertinent est celui du taux d'effort des ménages : mensualité /
revenu. Ce taux est passé de 22% en 2000 à 32% en 2005 :
il est clair que c'est une progression trop rapide pour être durable.
Mais le taux d'endettement des ménages français reste inférieur à la
moyenne européenne.
Mortgage : Comment voyez-vous l'évolution
des taux d'interêt à long terme et leur répercussion
sur le marché de l'immobilier. Les prix peuvent-ils baisser si
les taux n'augmentent que faiblement?
Laurent_Batsch : Précisons : un emprunt à 25
ans à taux variable dépend des taux à court terme.
Donc votre question concerne sans doute l'évolution à long
terme … des taux de court terme. J'avoue que je n'en sais rien (je
crois pouvoir dire que cette ignorance me place en excellente compagnie…)
Seule certitude : pas de taux variable sans " cap ", et un vrai
cap portant sur le taux et non sur le rallongement de la durée de
remboursement.
GTXP : Cela fait plusieurs années
que mon entourage m'encourage à acheter mon appartement, la raison
principale évoquée étant "en location, tu jetes
ton argent par la fenêtre". Malheureusement j'ai attendu.
Aujourd'hui le prix est élevé, cependant en empruntant
sur une longue durée et avec de l'aide familiale, il est encore
possible d'acheter. Mais je me demande si c'est intelligent d'acheter
maintenant ou il vaut mieux attendre un peu sachant que je peux aussi
bien continuer en mode location.
Laurent_Batsch : Il est faux de dire que la location
revient à " jeter son argent par les fenêtres ".
Car le capital investi dans la propriété d'un logement a
aussi un coût : c'est le renoncement aux produits financiers ou autres
que ce capital aurait pu produire. Certaines personnes préfèrent
rester locataires de leur logement et investir leur épargne dans
un … investissement immobilier pour en retirer des loyers ! Donc
tout dépend du différentiel entre le coût du loyer
que vous versez et le revenu potentiel de votre épargne disponible.
En fait pour un ménage, l'accès a la propriété n'est
pas toujours une bonne affaire patrimoniale en termes de calcul économique,
mais il offre 2 avantages : 1) la sécurité (on est chez soi,
on ne nous mettra pas à la porte…) ; 2) une épargne
forcée (les mensualités à rembourser sont une contrainte).
gregory : J'ai visité ce matin un
appartement de 30 m carrés rue Cambaceres dans le 8eme arrondissement.
L'appartement n'a rien d'extraordinaire et le propriétaire en
demande 300.000 euros. Il ne veut pas renegocier le prix et il est persuadé que
c'est le prix du marché ! Comment arrive-t-on a faire croire à des
propriétaires que 300.000 euros correspond au prix du marché ?
Laurent_Batsch : Vous avez raison, wait and see.
Quoiqu'on pense du niveau général des prix, on n'est pas
obligé de payer n'importe quoi !
Loreve : Que pensez vous du blocage du
foncier entretenu par nos politiques et qui est, pour moi, le principal
facteur de cette flambée immobiliere sans précédent
?
Laurent_Batsch : si le foncier ne dépendait
que de nos politiques, il suffirait de bien voter. Bien des collectivités
auraient besoin de disposer de quelques réserves foncières.
En outre, les entreprises publiques comme la SNCF ont appris à valoriser
leurs emprises. L'idée de la maison à 100 000 euros bâtie
sur un foncier " donné " par la collectivité publique
va aussi dans le bon sens. Au-delà de ces remarques éparses,
vous touchez à un problème de fond : est-on prêt à accepter
une certaine densification de l'espace foncier existant ? ou veut-on des
maisons individuels avec un bout de jardin pour tous, et ce qui va avec
: autoroutes, embouteillages, temps de transport ? je suis enclin à pencher
vers une certaine densification de l'espace urbain.
helene : Bonjour, Pensez-vous qu'une bulle
existe également dans les régions actuellement très
attractives économiquement et démographiquement (ex: arc
atlantique, région de Rennes) ou est-ce que le Grand Ouest ne
serait-il pas plutot en train de voir la création d'un marché à part,
du type Cote d'Azur ? merci Hélène
Laurent_Batsch : je ne saurais me prononcer sur
la totalité du Grand Ouest, mais indéniablement certains
secteurs côtiers ou des îles connaissent déjà un
phénomène de hausse stimulée par la demande de résidences
secondaires ou secondes. Avec dans certain cas un corollaire douloureux
: l'effet d'exclusion des " locaux " dont les revenus ne suivent
pas le mouvement des prix.
madera : On se demande quand le krach va
arriver car ce n'est plus supportable de voir les prix flamber. On va
vivre dans des cages à poules si ca continue. Je tiens pour responsable,
l'Europe et l'euro. Tout augmente sauf les salaires, ca commence à bien
faire cette europe là ! Quand je vois des appartements vides (dispositif
robien) et que personne ne loue, je dis bien fait au système,
c'est le serpent qui se mord la queue ! Je vois bcp de gens qui s'endettent
(25-30 ans) pour acheter un bien immobilier, ils se mettent en danger
!
Laurent_Batsch : Sur l'Europe, je vous laisse la
responsabilité de votre appréciation. Personnellement, j'aimerais " plus
d'Europe " pour la politique de l'énergie, pour de grands réseaux
universitaires, etc. C'est un autre débat. Vous dites que l'endettement à 25
ans met les ménages en danger : je me souviens que la génération
de mes parents tenait le même discours à propos de l'endettement à 5
ou 10 ans… Avançons, prudemment mais sûrement. On a
beaucoup progressé dans la gestion des risques : prévention,
couverture, etc. Et c'est pour prendre plus de risques, pas moins !
norisk : Bonjour, quelles sont les répercussions économiques
(impact sur le PIB, consommation, emploi) d'un krach immobilier ? Doit-on
craindre une récession ? De quelle ampleur ? Secundo je m'interroge
fortement sur la forte opacité du marché immobilier. Pourquoi
les seules données fiables - les prix de vente enregistrés
par les notaires - ne sont-ils pas publiés ? Le public aurait
alors une vision objective du marché (par type de bien, secteur
géographique) et indépendante des acteurs économiques
(agences, banques)
Laurent_Batsch : Si les prix sont largement communiqués
dans la presse et sur le net. Voyez la Chambre des Notaires et la FNAIM.
Parmi les effets d'un krach immobilier : désolvabilisation de certains
ménages ; réflexes de thésaurisation des ménages
et contraction de la consommation ; ébranlement de l'équilibre
financier de certaines banques de crédit et de certains investisseurs
; recul des mises en chantier et récession du secteur de la construction
; pertes d'emploi. L'ampleur de ces effets dépend de l'ampleur réelle
et ressentie du krach lui-même : quelle amplitude dans une durée
limitée ?
R.H.R : J'aimerai qu'on m'explique par
quel tour de passe-passe le prix des terrains a évolué drastiquement
dans certaines régions, notamment le Roussillon où je vais
régulièrement (Perpignan et environs). Il suffit d'aller
faire un petit tour dans la région, pour s'apercevoir qu'il y
a une pléthore de terrains en friche voire inutilisés.
On s'entend dire par les professionnels : les terrains sont chers car
on n'en trouve "bientôt plus"... Dans un rayon de 20,
30, 40km de Perpignan, la situation est imcompréhensible, donc
en clair, factice et artificielle. Et les profess.immob. se sont engoufrés
dans la brêche jusqu'à faire croire au paysan du coin, que
son lopin de terre va valoir une fortune... Comme j'aime bien les gens
du coin, je ne les traiterais pas de fous, mais d'incrédules,
la roue va bientôt tourner, certains risquent de voir s'envoler
les illusions, lorsqu'en face il n'y aura pas d'acheteur pour des prix
de terrains prohibitifs et donc injustifiés.
Laurent_Batsch : Beau pays, en effet. Laissez faire
le marché. S'il y a trop de terrains, les prix baisseront…
philippe FLORENT : bonjour, lorsque nous
parlons de l'immobilier, on a tendance à ne voir que PARIS. Mais
la majorité des ventes se font en province. En location, nous
entendons parler de loyers trés élevés à PARIS
et que la loi de Robien accélère cette hausse, or en province
c'est totalement faux, la sur-abondance de logements a fait que beaucoup
de résidences sont vides, que pour louer, il faut BAISSER les
loyers mensuels de parfois 100 € et que ce ne sont pas forcément
les petits logements qui sont vides, mais souvent les T3 ou T4. Par contre
cette explosion de logements nouveaux a permis également aux locataires
de quitter POUR LE MËME MONTANT DE LOYER leur logement ancien, plus
du tout aux normes, pour aller dans des appartements ou des maisons neuves
ou au normes actuelles. C'est un point extrèmement positif pour
le locataire. Les propriétaires de logements anciens devront remettre
leurs logements aux normes ou les vendre, ce qui permettra aux primo
accedants d'acquérir leur appartement à moindre frais.
Laurent_Batsch : Le phénomène " parisien " se
retrouve ailleurs dans les grandes métropoles. Vous le vérifierez
par exemple sur www.marche-immo.com (données collectées par
le Crédit Foncier). Les prix sont moins élevés, les
hausses moins rapides, etc. mais c'est le même phénomène.
Quant aux logements vides, vous avez raison d'évoquer la surproduction
de Robien, mais il n'empêche que le manque de logements reste massif
y compris dans les Régions, là où sont les bassins
d'emplois et d'activité.
vincent_1 : J'ai 100.000 euros investis
en bourse, est il judicieux de les investir dans l'immobilier en 2006
?
Laurent_Batsch : D'abord vous pouvez investir dans
l'immobilier sans quitter la bourse, en souscrivant des actions ou des
obligations émises par les sociétés foncières
cotées. Ce sont de belles valeurs qui cumulent rendement en dividendes
et croissance ne valeur depuis plusieurs années. Elles ont été dopées
par le statut fiscal des SIIC (sociétés d'investissement
immobilier cotées) depuis 2003. Ceci dit, elles sont déjà assez " hautes ",
ne vous précipitez pas… Elles sont orientées vers
l'immobilier d'entreprise et les centres commerciaux, plus que vers le
résidentiel, même si certaines d'entre elles en font. Mais
les rendements sont aussi meilleurs. Vous pouvez aussi attendre le lancement
des premières OPCVM dédidées à l'immobilier
: les OPCVI. Quant à vendre vos actions pour acheter de l'immobilier
en direct en sociétés civiles, pourquoi pas : mais quel est
votre horizon d'investissement ? souhaitez-vous troquer le couple rentabilité/risque
des actions le plus élevé pour le couple rentabilité/risque
plus modéré de l'immobilier ? Pourquoi ne pas composer un
portefeuille diversifié plutôt que de basculer la totalité de
vos 100.000 euros ?
Peter : Comment sait-on si la hausse des
prix atteint un sommet ?
Laurent_Batsch : 1) On sait qu'on a atteint le
sommet seulement quand on a commencé à descendre ; 2) au
cours d'une montée, à chaque instant on se rapproche du sommet
; 3) on n'a donc jamais été aussi proche du sommet ; 4) mais ça
ne veut pas dire qu'il n'est pas encore loin… Plus sérieusement,
on peut quand même apprécier si on est " plus ou moins " proche
du sommet de deux façons. D'abord en observant le comportement des
acteurs, en mesurant le niveau d'essoufflement et le manque d'oxygène
des grimpeurs : des hausses plus faibles, des transactions plus longues,
des acquéreurs moins fébriles, il y a des signes de ralentissement
indéniables. De plus, on peut aussi raisonner économiquement
: quels sont les prix soutenables par des primo-accédants ? quels
sont des loyers soutenables par des ménages, donc quels sont les
prix d'investissement acceptables ? Mais il faut reconnaître que
ce raisonnement économique sur les " fondamentaux " a été souvent
démenti…
Patience : Que pensez-vous de ces chiffres
: sur 12 mois glissants à fin février, mises en chantier
412.000, permis de construire 526.000 ?
Laurent_Batsch : Ce sont de chiffres record. Saluons
le dynamisme du secteur de l'immobilier et par contre-coup celui de la
construction. D'autant plus que ce rythme devra être soutenu et maintenu
pendant plusieurs années pour combler le déficit de logements
dans notre pays. Vous remarquerez que ces deux secteurs il y a beaucoup
d'emplois à la clé, y compris très qualifiés.
Tous mes étudiants du Master " Management de l'immobilier " trouvent
un emploi avant même la fin de leur cursus. L'immobilier est réellement
un secteur très professionnel et très attractif pour des
jeunes qui aiment des métiers d'équipe et de projet.
bakounine : Bonjour, il me semble plus
judicieux actuellement de placer mon capital en assurance-vie sécurisée à 4,5%
et de rester locataire de ma résidence principale, dont le taux
de rendement net est pour le propriétaire de l'ordre de 2%. Qu'en
pensez vous?
Laurent_Batsch : Je vous comprends au vu des chiffres
que vous donnez. Ceci dit, le rendement d'un investissement locatif bien
pensé devrait atteindre 5%, tandis que votre assurance-vie sécurisée
en obligations pourrait bien baisser… On en reparle au chat de
l'année prochaine !...
libelle : Donc, vous ne croyez pas aux
avertissements lancés par PAP, BNP Paribas, etc... sur les prix
de l'immo, qui baisseraient de 30% dans les prochaines années
?
Laurent_Batsch : Non.
sap75b : Que pensez vous du constat de
la BCE estimant que l'immobilier est surévalué de 30% dans
certains pays européens?
Laurent_Batsch : D'abord Paris n'est pas la France,
mais Paris n'est pas non plus l'Europe. Les prix ont grimpé beaucoup
plus vite en Espagne ou en Angleterre. Donc ne confondons pas les moyennes
européennes avec le marché français. Ensuite, j'ai
dit un ordre de grandeur de correction de 15% pour le marché francilien,
ce serait logique au vu des rendements locatifs. Mais le problème
est que la demande n'est pas seulement portée par des investisseurs
mais par des accédants. Là des facteurs sociologiques pèsent
lourd : résidence seconde des seniors, migrations des gens du Nord,
bi-résidence des cadres, divorces (vers les 50%) et garde alternée
des enfants, tendance hédoniste à habiter séparément
même quand on vit ensemble, etc. Je signale d'ailleurs que sur ces
sujets sociologiques, le Crédit Foncier a demandé une étude
lourde à une équipe de l'université Paris-Dauphine.
Cette demande de biens d'équipement (et non de bien d'investissement)
alimente la hausse au-delà des paramètres du calcul économique.
fred : Les prix de l'immobilier ont augmenté ces
dernières années bien plus vite que les revenus. Où les
gens trouvent-ils l'argent ?
Laurent_Batsch : 1) sur leurs dépenses courantes
(part du logement dans le budget des ménages) ; 2) sur leur épargne
financière qu'ils désinvestissent ; 3) sur leur revenu futur
en s'endettant.
Patience : Vous conseillez de consulter
les prix de transaction chez les notaires ou la FNAIM qui sont juges
et parties. C'est un peu comme si vous rentriez dans une concession automobile
en demandant au vendeur "dois-je acheter une voiture ?" Qu'en
pensez-vous ?
Laurent_Batsch : Les prix publiés par les
Chambres de notaires ou la Fnaim sont des relevés de prix de transaction,
il n'y a aucune raison de les suspecter de partialité.
mged : Je dirige une société de
promotion immobilière qui réalise des logements en Île-de-France.
Je veux élargir un peu le débat et revenir à la
question y a-t-il une surchauffe immobilière ? La réponse
est oui, sans aucun doute. Je ne prêche pas forcément pour
la paroisse, mais compte tenu des biens locatifs qui vont arriver sur
le marché, il sera sûrement plus intéressant d'être
locataire dans un an, l'avantage fiscal du de Robien étant lié à la
location du bien dans les 12 mois de son achèvement. Les propriétaires
auront vraiment intérêt, coûte que coûte à louer
ce bien. Je connais les dirigeants de sociétés de promotion
qui sont locataires... Ils placent leur argent dans les fonds propres
de SCI immobilière ! Et non dans leur propre logement
Laurent_Batsch : Merci pour votre témoignage,
qui clôt à point nommé cette session de chat.
|